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Le surréalisme est un courant devenu aujourd’hui très populaire, grâce aux oeuvres littéraires d’André Breton et aux peintures de Salvador Dalì, principalement. Théorisé pour la première fois dans Le Manifeste du Surréalisme d’André Breton édité en 1924, il prône un art contribuant à une «liberté totale de l’esprit», à un «point de l’esprit» se définissant par «le degré d’arbitraire le plus élevé, [celui] que l’on met le plus longtemps à traduire en langage pratique, soit qu’ [il] recèle une dose énorme de contradiction apparente, soit que l’un de ses termes en soit curieusement dérobé, […] soit qu’ [il] soit d’ordre hallucinatoire, […] soit qu’ [il] déchaîne le rire». Par la subversion de la société contemporaine des artistes, inspirée de la psychanalyse naissante de Freud et des conceptions nietzschéennes, on crée un art critique qui trouve ses origines dans le rêve et les fantasmes justifiant un ordre du monde qui soit autre.

Bien que postérieure de trois ans à "Un chien andalou", l'oeuvre sûrement la plus célèbre du surréalisme en peinture interroge la question du temps qui passe que le cinéma pose naturellement de par sa constitution même.

Or ce courant s’illustra à travers de nombreux médiums artistiques, tous revendiqués et faisant également partie de la réflexion artistique du courant.

Le cinéma n’en fut pas exclu. Et malgré la figure de proue de Luis Buñuel à laquelle le cinéma surréaliste est souvent limité de nombreuses expérimentations naquirent, soit de la main même d’artistes surréalistes s’illustrant dans des domaines différents, soit présentant un contenu subversif et imaginaire fort, sans trame chronologique claire laissant penser à un rêve perturbant. De même, au début des années 20, le cinéma était alors dévalorisé par la bourgeoisie, car considéré comme populaire ou vulgaire. S’insurgeant contre le système bourgeois, le mouvement surréaliste s’attacha donc à ce média que méprisait la bonne société.

Ado Kyrou, auteur du Surréalisme au cinéma (1953), ira jusqu’à affirmer que le surréalisme au cinéma ne serait pas un genre, comme celui de la comédie ou du western, mais son essence même. Il définit le surréalisme comme la «libération de l’homme par la recherche et la découverte du “fonctionnement réel de la pensée”, laquelle trouve son médium da prédilection dans le 7ème art qui, ne différenciant pas rêve et veille s’affranchit du temps et de l’espace afin de convertir notre regard à la surréalité.

Or, cette définition vise à un certain aplanissement du cinéma surréaliste. En effet, tout film étant surréaliste, ceux souvent revendiqués comme tels ne le seraient pas plus que d’autres. Or, les quelques films qui jalonnent l’histoire du cinéma surréaliste se caractérisent par des point communs importants, concernant soit un montage très innovant, soit  la déconstruction du scénario ou encore des positions affirmées contre l’armée, anticléricales et anti-bourgeoises. De même, certaines obsessions propres à des peintres ou poètes se retrouvent dans leurs oeuvres cinématographiques qu’il serait intéressant de mettre en parallèle.

On situe souvent la naissance du cinéma surréaliste  à l’année 1928, année de sortie d’Un chien andalou de Luis Buñuel, de la coquille et le clergyman de Germaine Dulac ainsi que de L’étoile de mer de Man Ray. Ce sont ces trois films qui seront ici étudiés, dans une perspective picturale que nous mettrons notamment en correspondance avec les oeuvres peintes des réalisateurs ou scénaristes.

Car le surréalisme trouve une forme aboutie dans ses oeuvres cinématographiques et ces quelques films, bien que montrant un panel nécessairement lacunaire de ce cinéma, pointe néanmoins le fait que les influences picturales sont de leur loin d’être étrangères.

Linda Zheng

Informations sur le cinéma surréalistes trouvées sur les deux sites suivants :
Article de Samir Zoghbi sur Le statut de la création dans le cinéma surréaliste
Article d’Isabelle Marinone : Les bandes noires du cinéma surréaliste

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